Organisation de l’exposé pour les six premières séances de janvier/février 2017                         

Présentation des six premières séances :

I/ Présentation générale :                                                                                                 

le Romantisme français (1820-1848) se singularise par la précision de sa doctrine, son caractère offensif, l’empreinte décisive imprimée par la révolution et la profondeur de son influence dans tous les domaines de la pensée. Il prend place dans un vaste courant européen qui l’a précédé et influencé. C’est à la Révolution et à l’héritage des lumières qu’il doit, pour l’essentiel, sa dimension de rupture, son souffle de liberté et son engagement dans le siècle.

II/ la Révolution « romantique » de 1848 et son « esprit » :    

Nous rappellerons la solidarité des deux révolutions « romantiques » de ce premier XIXème siècle et le caractère fondateur de 1830 qui réactualise le fait révolutionnaire et ouvre une période nouvelle : le peuple réapparait comme force politique et la question sociale devient « visible ».                                                                           

1830 est, à la fois, un moment fécond pour l’évolution politique de la période et pour le romantisme : ses retombées renforcent l’orientation du courant majoritaire (Hugo) vers le libéralisme puis vers la question sociale. C’est dans les retombées de 1830 que le magistère du poète va prendre toute son ampleur.

Tentative pour cerner au mieux ce qu’on entend par « l’esprit de février 1848 » qui selon Maurice Agulhon serait le legs essentiel de cette révolution.

Distinguons les effets et les causes, mieux, si possible, que ne le ferait le docteur Pangloss : l’unanimisme joyeux, l’effusion fraternelle, le soulèvement d’espérance … de février peuvent être vus comme la résultante de différents courants d’idées qui se sont diffusés largement durant la monarchie de juillet. Le saint-simonisme, le fouriérisme, le catholicisme libéral de Lammenais, le socialisme de Louis Blanc, le communisme de Cabet, le romantisme, paraissent s’être conjugués pour favoriser l’explosion de 1848. Quelle serait la part du romantisme ?

Ce qui demeure essentiel dans l’esprit de 1848 n’est peut-être pas tant à chercher dans une « illusion lyrique » mais dans une expérience de la liberté inédite : de nombreux insurgés de 1848 montrent une rare autonomie dans la pensée et dans les initiatives. Portés par la conviction qu’ils ont, chacun, personnellement, leur pierre à apporter à l’édifice : ils parlent avec leur bouche sans attendre que d’autres le fassent à leur place et les représentent.                                                                                                       

Michèle Riot-Sarcey dans son essai le procès de la liberté ressuscite avec bonheur le caractère unique de cette expérience de la liberté en 1848. Oui, c’est le legs principal que nous avons à retrouver…                                              

III et IV Aspects du romantisme européen :                                                     

Les bases européennes d’une « révolution esthétique » dont le romantisme héritera. Le phénomène Ossian.

Les romantismes anglais et allemand vus à partir des œuvres qui ont influencé le romantisme français.

-III/L’Angleterre à l’avant-garde : Ossian en Europe et en France. Influence de Lord Byron et de Walter Scott sur le romantisme français (Hugo, Dumas, Lamartine et Musset)

-IV/L’Allemagne théorise le romantisme. Le sturm und drang en est le tumultueux prologue avec Herder, Goethe et Schiller. Les frères Schlegel et la doctrine proprement romantique

-V et VI les sources nourricières du Romantisme en France : le courant libéral et le courant de la contre révolution, les deux grands initiateurs :   

-Germaine de Staël (1766-1817) pour le courant libéral dont les deux essais de la littérature (1800) et de l’Allemagne (1810-1814) ont eu une influence déterminante sur la doctrine esthétique.                                                                                                    

-François René de Chateaubriand (1768-1848) pour le courant de la contrerévolution. Chateaubriand occupe une place à part, il est le grand ancêtre, le modèle admiré ; tous les thèmes du mouvement sont contenus dans ses deux premiers ouvrages : l’essai sur les révolutions (1797) et surtout le génie du christianisme (1802) dont l’impact sur la forme du renouveau du sentiment religieux a été considérable. (Une séance pour Mme de Staël, une séance pour Chateaubriand)      

 

                      

Dumas

[(Le dialogue entre d’Artagnan et Planchet préparant de concert, stratégiquement et financièrement, « la restauration » du roi d’Angleterre Charles II dans le Vicomte de Bragelonne, ainsi que celui qui se déroule au retour de D’Artagnan toujours avec son ancien laquais, sont, selon moi, tous les deux dignes de Molière : un régal !)                                                                                                              Dumas n’ignorait pas que la série des mousquetaires était son chef-d’œuvre ; de son propre aveu Le comte de Monte-Cristo était moins bon. Dominique Fernandez, grand admirateur de Dumas, a dit lors d’une causerie, qu’il considérait le premier Chapitre, l’entrée en matière, des   Trois Mousquetaires comme un pur chef-d’œuvre de mise en situation, tout y est rassemblé sans lourdeur : présentation complète et pittoresque du héros et nouage de l’intrigue dans l’essentiel de ses éléments lors de la première halte à l’auberge de Meung où D’Artagnan rencontre les deux « créatures du Cardinal » qu’il aura à combattre tout au long du roman. D’abord Rochefort, « l’homme de Meung », avec qui il croise le fer, qui le fait assommer traîtreusement et lui vole sa lettre de recommandation pour Mr. de Tréville, capitaine des mousquetaires ; puis milady, l’autre âme damnée du cardinal, qu’il ne fait qu’apercevoir, qui déjà le fascine et qui va s’avérer centrale dans son destin et celui des mousquetaires. Sans le savoir, avant même d’arriver à Paris, D’Artagnan a déjà choisi son camp : il sera du côté du roi contre le cardinal : le ressort principal de l’intrigue est noué. Notons en passant qu’avec le personnage de Milady, Dumas invente un type littéraire qui aura une grande postérité : la femme fatale. )

C’est sous la monarchie de Juillet en 1841 avec le chevalier d’Harmental que la production dumasienne commence.                                                                           

En 1844, année faste, se succèdent, pour les plus connus, Les trois Mousquetaires (feuilleton paru du14 mars au 11 juillet dans le siècle), Les frères corses, le Comte de Monte-Cristo (28 août au 15 janvier 1846 dans le journal des débats). De 1845 à 1847, La guerre des femmes (qui se situe pendant la Fronde),Vingt-ans après, ( paru dans le siècle encore ; comme chacun sait, c’est la suite des trois mousquetaires), La dame de Monsoreau, La reine Margot, Les quarante-Cinq (trois chefs-d’œuvre qu’on rassemble communément sous le titre de la série des Valois)                  

Le chevalier de Maison-Rouge et enfin la dernière partie de la série des Mousquetaires : Le vicomte de Bragelonne (paru lui aussi dans le siècle). Dans ce dernier opus, nous retrouvons un d’Artagnan plus vieux, plus philosophe, il ne dit plus « mordious » mais « bah ! ». Il a gagné en épaisseur humaine, en prise en compte subtile de l’autre certes, mais en irrévérence et en liberté d’esprit aussi ; D’Artagnan est toujours aussi vif, aussi intelligent, aussi audacieux, aussi astucieux. Il n’a rien perdu de son esprit d’entreprise. Et puis, comme Dumas, d’Artagnan a la répartie vive, de l’humour, en résumé beaucoup d’esprit. Du début à la fin des aventures, c’est lui l’âme du quatuor, celui qui fait lien entre les mousquetaires, le ciment spirituel en quelque sorte ; c’est lui qui les entraîne dans les actions décisives.   Pour finir sur les Trois Mousquetaires, je citerai Proust qui disait, alors qu’il terminait le temps retrouvé : « j’écris mon Vicomte de Bragelonne ».      

Bel hommage à Dumas inventeur de la profondeur temporelle dans le roman : le premier, il a eu l’idée de suivre ses héros de la jeunesse à la tombe en décrivant leur évolution au fil des périodes historiques successives. Ce qui leur donne une épaisseur et une profondeur psychologique inédites. Nous reprendrons le personnage d’Edmond Dantès lorsque nous tenterons de cerner les différentes facettes de « l’homme romantique » ; le Comte de Monte-Cristo, le personnage ici, qui évolue dans la période strictement contemporaine à celle de Dumas est un héros romantique par excellence.

Par son goût et sa finesse d’intuition pour l’Histoire, Dumas est parfaitement en phase avec la préoccupation de son siècle qui s’est attelé résolument, on l’a dit et répété, à ausculter le passé pour mieux penser l’avenir. Dumas ne vise pas quant à lui, je crois, une méditation sur l’Histoire, il n’a pas l’ambition de créer une Histoire philosophique mais plutôt de nous rendre le passé familier, présent, vivant et en cela il a parfaitement réussi.       

Pour en terminer sur le thème du roman historique, il faut sans doute souligner que cette exploration-résurrection passionnée de l’Histoire par les romantiques français parait avoir un ressort différent de celui des romantismes anglais et, nous le verrons, allemand. Cette exploration n’est pas mue par le désir du retour aux sources nationales car 1) elle n’a pas à rejeter une esthétique importée, étrangère, puisque le classicisme est une création française 2) elle n’est pas non plus sous-tendu par la revendication à s’affirmer comme « nation » comme en Allemagne puisque son histoire l’a déjà constituée comme telle. Le roman historique et surtout la recherche proprement historienne de la France romantique sont requis par d’autres tâches que la revendication d’une identité autonome, celle, entre autre, de déchiffrer, de comprendre une certaine logique du déroulement historique et d’apprivoiser l’énorme rupture de la Révolution de 1789 en tentant d’élucider sa part d’énigme.   Dumas a écrit un beau cycle romanesque sur la Révolution mais il a reculé devant 1793. Il faudra attendre le choc de la Commune de 1871 pour que Victor Hugo ose écrire son roman Quatre-vingt-treize.